Qu’est-ce que le tout venant ?
Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, le terme tout venant désigne un mélange granulaire naturel composé de fragments de roches de tailles variées, extrait directement d’une carrière ou d’une rivière sans tri ni calibrage particulier. Sa granulométrie hétérogène — allant généralement de 0 à 31,5 mm, voire de 0 à 80 mm selon les variantes — en fait un matériau brut, économique et immédiatement utilisable pour de nombreuses applications.
On parle aussi de tout-venant (avec trait d’union) dans la littérature technique, les deux orthographes coexistant sans distinction de sens. Le tout venant est donc, par définition, un granulat non sélectionné, issu de la concassion de roches calcaires, granitiques ou siliceuses, ou encore du criblage d’alluvions. Cette origine diverse lui confère des propriétés mécaniques variables, qu’il convient d’évaluer avant tout emploi en construction.
Les différents types de tout venant disponibles
Il n’existe pas un seul tout venant, mais une famille de matériaux partageant la même logique de composition hétérogène. Comprendre les variantes disponibles permet de choisir le bon produit selon le contexte du chantier.
Le tout venant de carrière
Issu du concassage de roches massives (calcaire, granite, basalte), le tout venant de carrière présente une granulométrie anguleuse qui favorise l’imbrication des grains. Cette caractéristique lui confère une excellente compacité après compactage. Il est très apprécié pour la réalisation de sous-couches de voirie, la stabilisation de plateformes ou le remblayage de tranchées.
Le tout venant alluvionnaire
Extrait de gisements fluviaux ou marins, ce type de tout venant est composé de galets et de sables aux angles arrondis. Moins portant que son équivalent de carrière une fois compacté, il reste néanmoins efficace pour les remblais non soumis à de fortes charges. Sa perméabilité naturelle le rend intéressant pour les applications de drainage.
Le tout venant recyclé
De plus en plus présent sur les tout venant disponibles en négoce, le granulat recyclé est issu de la déconstruction de bâtiments ou d’infrastructures. Composé de béton concassé, de briques et de matériaux inertes, il répond aux enjeux environnementaux actuels et peut être employé en remblai ou en couche de forme sous réserve de contrôle de la qualité et de l’absence de substances polluantes.
Les propriétés techniques du tout-venant
Pour être utilisé en toute sécurité dans un projet de construction, le tout-venant doit répondre à plusieurs critères techniques normés. La norme européenne NF EN 13285 encadre notamment les granulats non traités destinés aux couches de chaussée et aux couches de fondation.
La granulométrie
La distribution des tailles de grains est le premier paramètre à analyser. Un tout venant 0/31,5 mm convient par exemple à la réalisation de fondations légères ou de remblais courants, tandis qu’un 0/80 mm sera davantage utilisé pour combler d’importants volumes de terrassement. La courbe granulométrique doit être continue pour garantir une bonne compacité.
La résistance mécanique
La dureté des grains, leur résistance à l’écrasement et à l’usure sont des indicateurs déterminants pour les usages en voirie ou en fondation. Des essais comme le Los Angeles (LA) ou le Micro-Deval (MDE) permettent d’évaluer la tenue des granulats aux contraintes mécaniques. Plus les valeurs LA et MDE sont basses, plus le matériau est résistant.
La propreté et la teneur en fines
Un tout venant trop riche en fines argileuses (particules inférieures à 0,063 mm) peut se révéler problématique : sensibilité au gel, gonflement en présence d’eau, portance réduite. L’indice de plasticité et l’équivalent de sable sont des mesures essentielles pour qualifier la propreté du matériau avant emploi.
Les usages du tout venant dans l’immobilier et le BTP
La polyvalence du tout venant explique sa place centrale dans de très nombreux chantiers, qu’il s’agisse de construction neuve, de rénovation ou d’aménagement extérieur.
Remblai et terrassement
C’est l’usage le plus courant de le tout venant sur un chantier. Lorsqu’une fouille est réalisée pour implanter des fondations, des canalisations ou un sous-sol, les volumes excavés doivent ensuite être remblayés. Le tout venant offre un remplissage homogène et compactable, permettant de retrouver une bonne portance du sol. Il est mis en place par couches successives d’environ 30 cm, chacune étant compactée à l’aide d’un rouleau vibrant ou d’une plaque vibrante.
Couche de forme et fondation de dalle
Avant de couler une dalle de béton (dallage de garage, terrasse, plancher de pavillon), il est impératif de réaliser une couche de forme stable et drainante. Le tout-venant joue ce rôle en créant un lit rigide et homogène entre le sol naturel et la structure en béton. Il compense les irrégularités du terrain et limite les risques de tassement différentiel.
Assise de voirie et allées
La création d’une allée de jardin, d’une voie d’accès ou d’une aire de stationnement repose très souvent sur une ou deux couches de tout venant compacté. La première couche, plus grossière (0/80 mm), assure la fondation ; la seconde, plus fine (0/20 mm ou 0/31,5 mm), constitue la couche de base sur laquelle viendront reposer les pavés, les dalles ou le revêtement bitumineux.
Drainage et gestion des eaux pluviales
La granulométrie hétérogène du tout venant alluvionnaire lui confère une perméabilité naturelle intéressante pour les applications de drainage. Autour d’un drain agricole, d’un puisard ou d’un caniveau, il peut être utilisé comme couche filtrante pour faciliter l’infiltration ou le ruissellement des eaux pluviales et éviter leur stagnation au pied des constructions.
Empierrement de chemins et stabilisation de pistes
Dans les zones rurales ou périurbaines, les tout venant de carrière sont fréquemment employés pour stabiliser des chemins agricoles, des pistes forestières ou des accès de chantier. Répandus et compactés, ils forment rapidement une surface carrossable capable de supporter le passage d’engins lourds.
Comment calculer la quantité de tout venant nécessaire ?
Avant de passer commande, il est indispensable d’évaluer précisément le volume de matériau requis. Une erreur de calcul peut entraîner des surcoûts ou des retards sur le chantier.
La formule de base est simple : Volume (m³) = Longueur × Largeur × Épaisseur. Pour une allée de 10 m de long, 3 m de large et une couche de tout venant de 20 cm d’épaisseur, le calcul donne : 10 × 3 × 0,20 = 6 m³.
Il faut ensuite convertir ce volume en tonnes, car le tout venant est généralement vendu au poids. La masse volumique du tout venant varie selon sa nature : elle est en moyenne de 1,7 à 2,1 tonnes par mètre cube. Pour l’exemple précédent, avec une densité de 1,9 t/m³ : 6 × 1,9 = 11,4 tonnes à commander.
Il est conseillé d’ajouter 10 à 15 % de matériau supplémentaire pour anticiper le foisonnement, les pertes et le compactage.
Prix du tout venant : ce qu’il faut savoir
Le coût du tout-venant dépend de plusieurs facteurs : la nature géologique du matériau (calcaire, granite, recyclé), la granulométrie choisie, la distance entre la carrière ou le point de production et le chantier, ainsi que les volumes commandés.
En 2026, le prix moyen du tout venant oscille entre 8 et 20 euros HT par tonne pour le matériau seul en carrière. À ce prix s’ajoute le coût du transport, qui peut représenter une part significative de la facture finale, notamment pour les petites quantités ou les sites éloignés des carrières. La livraison par camion benne de 15 à 30 tonnes reste la solution la plus économique pour les chantiers importants.
Pour les particuliers réalisant de petits travaux, certaines enseignes de négoce proposent le tout venant en big-bags (environ 1 tonne) ou en sacs de 25 kg, avec un surcoût unitaire notable mais une praticité appréciable.
Bien choisir son tout venant selon le projet
Face à la diversité des produits disponibles, quelques règles simples permettent de faire le bon choix :
- Pour un remblai profond : privilégiez un tout venant 0/80 mm de carrière, anguleux et propre, facile à compacter en grande épaisseur.
- Pour une couche de forme sous dalle : optez pour un 0/31,5 mm de bonne propreté, avec un faible indice de plasticité pour éviter tout risque de tassement.
- Pour une allée ou un parking : combinez un 0/80 mm en fondation et un 0/20 mm en couche de base pour un résultat stable et bien fini.
- Pour un usage écologique : le tout venant recyclé issu de béton concassé peut convenir pour des remblais non structurels, à condition de vérifier la conformité aux réglementations environnementales en vigueur.
N’hésitez pas à demander les fiches techniques et les résultats d’essais auprès du fournisseur ou de la carrière. Un tout venant certifié CE, accompagné d’une déclaration de performance, offre davantage de garanties sur ses caractéristiques mécaniques et sa traçabilité.
Précautions environnementales et réglementaires
L’utilisation du tout venant sur un chantier n’est pas sans contraintes réglementaires. En France, les granulats mis en œuvre dans des ouvrages permanents doivent répondre aux normes en vigueur et, dans certains cas, faire l’objet d’une déclaration préalable auprès des services compétents, notamment lorsque les volumes extraits sont importants ou que le chantier est situé en zone sensible.
Par ailleurs, l’enfouissement de matériaux non inertes ou contaminés est strictement interdit. Avant tout remblai avec du tout venant recyclé, une analyse des polluants potentiels (hydrocarbures, métaux lourds, amiante) est fortement recommandée, voire obligatoire selon les contextes réglementaires locaux.
Enfin, pensez à la gestion des eaux de ruissellement lors du stockage temporaire du tout venant sur le chantier : un matériau exposé aux pluies peut générer des fines en suspension susceptibles de polluer les sols et les eaux superficielles environnantes.
Le tout venant au cœur de vos chantiers
Qu’il s’agisse d’un remblai de grande envergure, d’une simple allée de jardin ou de la fondation d’un pavillon, le tout venant reste un matériau de référence dans l’univers de la construction. Sa disponibilité, son coût maîtrisé et sa capacité à s’adapter à des usages très variés en font un allié incontournable pour les professionnels du BTP comme pour les particuliers engagés dans des projets d’aménagement. Bien le choisir, bien le doser et bien le mettre en œuvre, c’est s’assurer des bases solides — au sens propre comme au sens figuré — pour la durabilité de ses ouvrages.